Saïd Chengriha : un général intellectuel

C’est au premier officier bachelier postindépendance qu’échoit la mission de remettre l’Armée nationale populaire sur les rails, après la grande pagaille que Gaïd-Salah a laissée derrière lui. Un chantier immense attend l’ex-chef des forces terrestres.

 

Saïd Chengriha est connu pour sa discrétion. Il est l’architecte de toutes les actions de modernisation de l’armée de terre, force de frappe de l’ANP, sans trop se mêler de politique. Respecté, il est resté au-dessus de la mêlée dans la guerre de position qui faisait rage sous son prédécesseur ; une guerre sans merci induite par les manœuvres de l’ancien chef d’état-major qui a fait de sa fonction un moyen de régler ses comptes avec tous ceux, militaires et civils, en activité ou à la retraite, qui étaient susceptibles de gêner ses plans machiavéliques.

Le nouveau chef de l’armée s’efforcera de rétablir la confiance rompue entre le peuple et le commandement de l’armée qu’il devra écarter de la voie belliciste que lui avait tracée Gaïd-Salah, au point de provoquer une haine sans pareil d’un grand nombre de citoyens à l’égard des généraux, vilipendés et malmenés durant les manifestations depuis que le peuple majoritaire a compris que Gaïd-Salah s’est servi du Hirak pour se débarrasser d’une partie du clan afin de sauver le système dont il était la parfaite incarnation.

Saïd Chengriha devrait s’employer à éloigner l’armée de la sphère politique afin d’épargner à l’institution une rupture totale d’avec le peuple, qui lui a toujours voué respect et reconnaissance pour les sacrifices que ses hommes consentent au service de la nation. Il devrait également œuvrer à remettre de l’ordre dans la hiérarchie, de sorte à laisser une armée ressoudée une fois qu’il quittera ses fonctions. Il aura, enfin, à rattraper les dérapages de son prédécesseur, qui a créé un profond malaise au sein de l’ANP par ses mesures brutales et irréfléchies à l’encontre de nombreux officiers emprisonnés ou évincés par pur esprit de vengeance ou par excès de gloriole.

Le nouveau chef d’état-major hérite d’une armée toujours aussi puissante, mais quelque peu déstabilisée par la longue gestion à la hussarde de Gaïd-Salah, une gestion chaotique due à son niveau d’instruction limité et aux calculs machiavéliques de l’ex-président Bouteflika, qui s’est servi de lui comme bouclier pour se prémunir de toute velléité de l’empêcher de sa présidence à vie, jusqu’à ce que sa maladie incapacitante eut faussé tous les calculs du clan, dont une partie, sous la férule de Gaïd-Salah, se retournera contre l’autre dans une sorte d’autophagie.

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